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Alimatou Diop Sylla sur le retour au bercail des familles immigrées en Europe


Alimatou Diop Sylla avec les autorités sénégalaises au Salon de l'agriculture
Alimatou Diop Sylla avec les autorités sénégalaises au Salon de l'agriculture

« L'agriculture c'est l'avenir »


Après plus de trente ans à Paris, Alimatou Diop Sylla décide de se lancer dans l'agriculture, dans sa commune natale d'Oudoukou au sud ouest du Sénégal.

Téméraire et déterminée, cette mère de famille jette un pavé dans la mare, sur la question du retour au bercail des familles immigrées en Europe. Elle se fait ainsi remarquer au Salon International de l'Agriculture qui s'est déroulé du 25 février au 05 mars à Paris.

Fière d'être une femme rurale dynamique qui contribue activement au développement économique de son pays d'origine, elle souhaite encourager les membres de la diaspora africaine à planifier leur retour au pays.

Mme Diop, ça fait une trentaine d'années que vous vivez en France, mais depuis environ six ans, vous préparez votre retour définitif au Sénégal, votre pays d'origine, à travers des allers retours entre la France et le Sénégal. Qu'est ce qui vous a incité à rentrer ?

Je suis née dans l'agriculture. Nous, on ne vit que de ça.

En 1995, mon père nous a cédé de la terre. Il nous a dit l'avenir c'est la terre, donc il faut penser "à demain". Il nous a donné cinq hectares, mon mari et moi. Mon mari en a acheté d'autres ensuite, et aujourd'hui, on a plus de vingt hectares.

De 1995 à 2004, c'est mon père qui nous faisait des plantations de mangues et il s'en s'occupait. Puis à son décès en 2004, on avait des employés qui nous arrosaient les manguiers.

Mais à partir de 2011, on s'est dit qu'il était temps qu'on prépare notre retour.

L'agriculture, c'est l'avenir.

Surtout qu'à chaque fois que nous partions en vacances au pays, les gens venaient nous voir pour nous demander de l'aide parce qu'ils n'avaient pas de quoi manger. Trois mois seulement après les récoltes de riz dans la région, ils en achetaient dans les boutiques.

Donc, on s'est dit qu'on pourrait travailler notre terre pour les aider différemment. Et depuis qu'on a commencé à semer le riz dans notre terre, petit à petit, ils en achetaient de moins en moins. Jusqu'à ce que le gouvernement mette en place son programme "Le Sénégal émergent". Les membres de la Direction régionale du développement rural (Drdr) sont alors venus voir notre terre pour l'évaluer et y effectuer des tests sur la qualité de notre riz.


Mais comment est ce que vous avez pu concrètement les aider à ne plus acheter du riz ?

Lorsque nous nous sommes lancés dans la culture du riz en 2011, nous nous sommes mis en groupement d'intérêt économique (Gie). C'est à dire que concrètement, mon mari et moi nous avons la terre. Des femmes, mères de familles ont besoin de nourrir leurs enfants.

Donc, nous nous sommes entendues. Je divise mes terres en parcelles pour chaque famille, afin qu'elles exploitent leurs parcelles respectives par la culture maraîchère (oignons, tomates...) ou de riz. A la récolte, ces femmes récupèrent la moitié au prorata de la valeur du marché.

Par exemple, si elles ont cultivé des oignons, après la récolte, elles prennent des oignons pour une valeur de 3 000 fcfa. Ce n'est pas de l'argent numéraire qu'elles prennent mais les oignons

d'une certaine valeur, pour pouvoir nourrir leurs familles.

Ensuite, le reste de la récolte est vendu pour que l'argent aille directement dans la caisse du Gie. Nous sommes quarante huit femmes et deux hommes au sein du Gie.


C'est vous qui leur imposez ce qu'elles doivent cultiver ou bien elles ont la liberté de planter ce qu'elles veulent dans les parcelles que vous leur cédez ?

On a toujours acheté les pépinières dont on n'avait besoin, d'un commun accord. Au début on se cotisait pour mettre de l'argent dans la caisse du Gie nécessaire à acheter les pépinières. Puis petit à petit avec les recettes des ventes des récoltes, on a pu les acheter dès que c'était le moment de cultiver. On s'est toujours accordé pour acheter les pépinières qu'on se partage ensuite, afin de les piquer chacune dans sa parcelle.


Est ce que vous aviez du matériel lorsque vous vous êtes lancée ?

Non, jusqu'en 2012, on n'avait pas de matériel. A cette date, j'ai pu obtenir un motoculteur par le biais de l'ancien président, suite à la visite des membres du gouvernement sur mes terres.

Puis, en janvier 2015, après la visite du ministre de l'Agriculture Pape Abdoulaye Seck, dans le département de Sédhiou, il est passé au verger et a vu nos récoltes.

Alors il a décidé de me soutenir, parce que je suis de la diaspora et que financièrement je suis seule. Ils m'ont ainsi demandé mes besoins en termes de matériels.

Je les ai donc listé : tracteur, semences... C'est comme ça, que nous avons pu avoir un tracteur en juin 2016.


Le tracteur est suffisant pour vos 20 hectares ?

On a besoin d'autre matériel, comme les décortiqueuses, moissonneuses batteuses, semoirs...


Et vous ne cultivez que du riz ?

Aujourd'hui, on cultive essentiellement du riz. Parfois, on fait un peu d'arachide, mais on n'a plus accentué nos efforts sur le riz, pour garantir l'autosuffisance en riz dans notre région de Sédhiou.


Mais le riz, ça nécessite énormément d'eau. Comment faîtes vous tout au long de l'année ?

Dans le nord du Sénégal, ils n'ont pas de problème d'eau parce qu'ils ont des vallées. Par contre, en Casamance, de Sédhiou à Kolda et Zinguinchor, il n'y a pas de vallées ; ce qui explique nos problèmes d'eau. On vit de la pluie  pour la riziculture. Les premières pluies au Sénégal, débutent à partir du 12 juin environ, mais après avoir labouré, semé puis biné le riz, il faut attendre 90 jours pour le récolter.

Or, il n'y a qu'une récolte dans l'année.


Et le reste de l'année vous faîtes quoi avec la terre ? Vous la laissez se reposer ?

On la laisse se reposer parce qu'on n'a pas d'autre solution, on n'a pas d'eau.

Dans le nord du pays comme ils ont de l'eau, ils font des pommes de terre et beaucoup de choses. Mais chez nous, on ne peut faire que des petits maraîchages.

Ca aide les femmes pour qu'elles continuent à subvenir aux besoins de leurs familles.

A part ça, j'ai mes manguiers qui sont en production et je dois renforcer aussi la plantation. Mais aujourd'hui, j'ai un problème parce qu'avec une aussi grande surface, j'ai besoin de bailleurs pour faire un partenariat gagnant-gagnant. Moi j'ai la terre avec 20 hectares, je suis de la diaspora mais je ne dispose pas de moyens financiers.

Donc, je suis disposée à ce que nous travaillons ensemble, et ensuite on partage les gains en

toute transparence.En ce moment, vous êtes en France. Vous avez effectué une intervention au Salon de l'agriculture de Paris, lors de la journée dédiée au Sénégal.


Quelles étaient vos attentes vis à vis de ce salon ?

Après trente trois ans de vie en France, je prépare mon retour définitif au Sénégal. C'est pour ça que j'aimerai pouvoir exposer mes produits agricoles lors salon de l'Agriculture. Pour ce faire, je souhaite faire partie de la délégation sénégalaise au même titre que ceux qui bénéficient des subventions.

Or souvent quand je viens, c'est avec mes propres moyens. L'année dernière, j'avais pris un stand pour exposer et j'ai dû payer 800 000fcfa (1 200euros). Or ça me coûte trop cher. Du coup cette année, je suis venue en simple visiteuse.


Vos attentes ont elles été satisfaites ?

Je crois que c'est en bonne voie, parce que le gouvernement sénégalais va me faire bénéficier d'une "ferme familiale Naatangue", par le biais de l'Agence nationale d'insertion et de développement agricole (Anida). C'est une exploitation avec arboriculture fruitière, aviculture,

pisciculture qui sera livrée, clé en main dans mon verger, sur une superficie d'un hectare. Cette ferme a une valeur de douze millions de francs cfa et sa mise en place s'étale sur une durée de quatre ans. C'est un dispositif que le gouvernement accorde aux jeunes propriétaires terriens de 18 à 35ans, ou aux femmes rurales qui possèdent une terre. Car le but est de créer de l'emploi en milieu rural à travers l'agriculture, et de garantir l'autosuffisance alimentaire dans tout le pays ; une manière de lutter contre l'exode rural.


A ce sujet, le ministre de l'agriculture sénégalais, Pape Abdoulaye Seck, est convaincu que le Sénégal tend vers l'autosuffisance alimentaire. Qu'en pensez vous ?

Oui! Depuis l'année dernière, on peut dire que le Sénégal n'a plus besoin de riz d'exportation. Quand vous allez dans les marchés aujourd'hui au Sénégal, il n'y a que du riz local.


Avez vous un message pour les membres de la diaspora africaine ?

J'aimerai dire à la diaspora de penser à préparer leur retour au pays. On émigre pour chercher mais actuellement en Europe, il n'y a plus rien. Il y a beaucoup plus d'opportunités de développement en Afrique.


Publication : 07-2017

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